Canal du Centre (Verdun-sur-le-Doubs - Chagny)


Mercredi 12 septembre
Ils ont rejoint «l’autre» hier en fin de journée au port de Verdun-sur-le Doubs.
Ils l’avait abandonné le 24 août dernier pour une escale à leur domicile sur terre ferme. Ils le retrouvent avec plaisir. Pour se faire pardonner leur absence, ils le câlinent en entreprenant sans attendre des nettoyages. En fin de journée le port est plein. Si vous essayez de repérer «l’autre», sachez qu’il se cache entre «Nanouf» et «Mad Max».




Jeudi 13 septembre
Le jeudi à Verdun-sur-le-Doubs, le marché s’installe sous les platanes de la Place Louis-Charvot. Ils complètent les provisions faites la veille au supermarché et avancent les nettoyages du bateau. Le ciel est couvert. En milieu d’après-midi les nuages l’emportent mais l’épisode pluvieux sera de courte durée. En fin d’après-midi, le soleil réchauffe les couleurs déjà un peu automnale du paysage.



Vendredi 14 septembre
Le ciel est couvert en matinée. Le temps est idéal pour poursuivre les nettoyages. Ils s’appliquent comme s’ils attendaient de la visite.
En début d’après-midi, le soleil reprend possession du ciel, tolérant la présence de quelques nuages décoratifs. Le Petit Doubs est immobile. Les nénuphars s’y prélassent. Dans le vieux Verdun, les devantures endormies attendent désespérément l’improbable prince charmant; certaines depuis bien longtemps déjà.





Samedi 15 septembre
Ils profitent de la rosée matinale pour passer un dernier coup de serpillière sur les plats-bords du bateau.
Rarement «l’autre» aura été aussi présentable.
Le voisin «Nanouf» a hissé les guirlandes. C’est le jour de son baptême. Il quitte le ponton en fin de matinée sous un ciel sans nuage pour aller s’amarrer le long de l’ancien quai où une collation sera servie.
Après-midi de farniente avant l’apéritif à la terrasse de la capitainerie.




Dimanche 16 septembre
Ambiance de dimanche où l’on ne sait trop quoi faire.
Ils ont hésité à reprendre la navigation aujourd’hui. Ils largueront les amarres demain. Ambiance de dimanche incertain qui hésite entre une fin de semaine et le début de la suivante. Sur le mur de la place qui domine le port, des ados comptent les heures au rythme du rap en attendant la reprise du lundi.
«L’autre» a rendez-vous avec la péniche «Anima» sur le canal du Centre, la semaine prochaine.


Lundi 17 septembre
Ils quittent le port de Verdun-sur-le-Doubs vers 10:30.
Après moins de cinq cents mètres ils rejoignent la Saône, la descendent sur plus de vingt kilomètres pour prendre à droite, avant Chalon-sur-Saône, l’embranchement du canal du Centre. Deux péniches reposent en paix au pied des silos désormais desservis par les camions. Un bateau patiente devant l’écluse qui donne accès au canal. Ils franchiront l’écluse avec lui. Ils retrouvent avec plaisir l’intimité du canal, la sinuosité du tracé, la proximité de la berge et de la végétation.
Ils amarrent le bateau à la halte de Fragnes un peu avant 14:00.







Mardi 18 septembre
La halte de Fragnes s’est endormie sous un ciel clair.
Au lever le ciel est sombre. Ils larguent les amarres dans le sillage «d’Aoumenet» pour se présenter à 9:00 à l’écluse de Fragnes qui les accueille portes ouvertes. A peine sont-ils installés dans l’écluse que la pluie se met à tomber. Ils inaugurent le nouvel essuie-glace. Elle enfile la pèlerine, ne trouve pas la seconde pour lui. Après cinq kilomètres et trois écluses sous une pluie orageuse, ils aperçoivent la péniche «Anima» stationnée en aval du Pont de Fontaines. Ils amarrent «l’autre» en amont. A peine ont-ils accosté que le soleil s’installe.






Mercredi 19 septembre
Une étape d’écluses à oublier au plus vite.
La péniche «Anima» largue les amarres vers 9:30; «l’autre», vers 10:00 pour lui laisser une écluse d’avance. Ils auront huit écluses à franchir sur douze kilomètres pour atteindre Chagny. Les écluses sont automatiques. Elles sont préparées par télécommande à partir d’un poste de commande central. Dans l’écluse, il faut tirer sur une corde pour lancer la bassinée, dans leur cas, le remplissage, puisqu’ils sont montants. Les portes de la première écluse refusent de s’ouvrir complètement à la fin de la bassinée. Elles finissent par se refermer et l’écluse se vide. Ils doivent demander l’aide d’un éclusier pour reprendre la manœuvre. Une autre écluse refuse de répondre au tirage de la corde. Ils restent enfermés au fond de la dernière écluse pendant près d’une heure, en raison d’une panne d’électricité. Il est plus de 14:00 lorsqu’ils amarrent le bateau à la base des bateaux «Snaily» à Chagny. «L’autre» est accueilli par un canard blanc peu farouche.




Jeudi 20 septembre
Les pannes d’écluses de la veille étaient liées au dysfonctionnement d’un transformateur électrique. Le transformateur a fini par prendre feu. Plusieurs écluses entre Fragnes et Chagny sont fermées pour une durée indéterminée. Chagny est devenu un cul de sac. Le canal est désert. Ils n’avaient pas prévu redescendre sur Chalon avant samedi prochain. S’il le faut, ils prolongeront l’escale. Ils ne sont pas à plaindre. Le centre ville est à quelques dix minutes à pied, au-delà des voies ferrées, la halte fluviale est en nature et le nain garde leur place au jardin à coté du bateau.




Vendredi 21 septembre
La circulation entre Chagny et Fragnes ne sera pas rétablie avant mardi prochain. Ils prolongeront l’escale en conséquence. Le canal est toujours aussi désert. «L’autre» est le seul bateau de passage à faire escale à la halte. Le ciel est gris. La pluie menace. Le canard blanc, délaissé par ses congénères, cherche de la compagnie auprès de «l’autre». Le nain du jardin s’ennuie seul sous la pluie.




Dimanche 23 septembre
Que celles et ceux qui se sont inquiétés de leur silence se rassurent.
Ils n’ont pas coulé. Ils ont fait une pause dans le carnet de bord, le temps d’accueillir à bord une passagère clandestine, pour deux nuits. Ils sont toujours à Chagny à attendre que les écluses en aval soient remises en service.
La foule est dense au centre ville où s’est installé le vaste marché du dimanche. Les rues alentours sont désertes. Le ciel est lourd, chargé de nuages menaçants.





Lundi 24 septembre
La veille, dans la soirée, les nuages se sont lâchés.
Au lever la température à bord est descendue à onze degrés. Un vent du nord a commencé à faire le ménage. Dans l’après-midi, le ciel est propre. Ils se rendent au centre ville en choisissant un itinéraire alternatif pour éviter le passage sous-voies. Ils longent le canal pour emprunter le pont-canal qui franchit les voies ferrées. Le coq sur la place aux neuf jets d’eau leur indique le chemin de la terrasse du PMU.



Mardi 25 septembre
Le vent du nord-est maintient un ciel sans nuage.
A Chagny, l’église ne se repère pas de loin. Ils l’ont aperçue au détour d’une ruelle à l’écart des commerces. L’octogone de Richard Serra occupe le parvis désert. L’ancien calvaire a été mis de côté.
Le PMU a rangé sa terrasse. Ils se sont installés à celle de l’Incontournable, en face.





Mercredi 26 septembre
Ils sont toujours coincés à Chagny sur le canal du Centre.
A l’attention de celles et ceux qui n’ont pas bien suivi, ils rappellent que plusieurs écluses en aval, direction Chalon-sur-Saône, sont en panne. Les VNF (Voies Navigables de France) ne sont pas en mesure de donner une date précise de remise en service des écluses: «après-demain, peut-être plus tard». La veille et l’avant-veille, la réponse était la même. «Wayland», descendu de Hollande à destination de Bordeaux, est venu patienter avec «l’autre».


Jeudi 27 septembre
Les écluses pourraient être remises en service demain en début d’après-midi.
Le conditionnel s’impose. Dans l’attente, ils longent le canal à vélo pour aller inspecter les écluses en panne. Au port municipal des bateaux patientent. Aucune activité n’est perceptible aux écluses. Les feuilles mortes tapissent l’eau du canal immobile depuis plus d’une semaine.



Vendredi 28 septembre
Contre toute attente, la prévision de la veille s’est réalisée.
Les écluses ont été remises en service en début d’après-midi. Ils ne reprendront pas la navigation aujourd’hui; peut-être demain. Ils laisseront passer la première vague des bateaux impatients de larguer les amarres après une trop longue attente.
A Chagny, côté sculpture, on passe du coq à l’âne.