Saône (Verdun-sur-le-Doubs - Gray)


Mercredi 12 juin

Ils prennent congé du port de Verdun-sur-le-Doubs et larguent les amarres vers 10:15.
Le soleil dispute le ciel aux nuages qui font de la résistance. L’écluse d’Ecuelles les attend portes ouvertes; celle de Seurre également. Après plus de quatre heures de navigation, Saint-Jean-de-Losne est en vue. La péniche «Wietske», amarrée au ponton du camping, accorde l’hospitalité à «l’autre».






Jeudi 13 juin

La nuit fut silencieuse et immobile. Sur terre ferme, ils habitent le centre ville. Ils ont oublié le silence de la nuit à l’écart des localités. Il faut tendre l’oreille pour percevoir par intermittence le murmure d’une autoroute lointaine. La Saône est calme. Aucun transport commercial nocturne ne ballotte le bateau; aucune brise ne le berce. Ils sont presque mal à l’aise tant ils avaient oublié la possibilité d’un tel calme.
Au lever, la surface de la Saône s’applique à refléter sans plis un ciel immaculé. Dans la perspective d’une escale prolongée, ils partent en repérage sur les terrasses du quai au centre ville. «Si par hasard» les invitent à repasser vendredi. Sur le retour, ils s’égarent dans un chantier naval.







Vendredi 14 juin

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.
L’épisode ensoleillé n’aura été qu’une éclaircie. La Saône reflète un ciel uniformément gris sous la pluie. «L’autre» se détache de «Wietske» pour s’amarrer au ponton comme un grand, en prenant garde de ne pas abîmer le gouvernail flambant neuf de la péniche. Il faut attendre la fin de l’après-midi pour que la pluie concède une trêve. La terrasse repérée la veille est ouverte.





Samedi 15 juin

La lune désinvolte laisse faire. La pluie a repris l’offensive dans la nuit avec l’appui de l’orage et du vent.
Avant le prochain assaut, ils risquent une incursion au centre ville. La couleur du ciel déteint sur les façades. Leur terrasse est épargnée. Les péniches «Condor» et «Graciosa» se sont parées pour le Pardon des Mariniers. «Lona» ne participera pas à la fête. Dès la fin de l’après-midi, l’orage gronde à nouveau.






Dimanche 16 juin

Il n’y a plus de saisons!
En trois jours, ils auront tout vu dans le désordre: l’été ensoleillé, le printemps pluvieux et orageux, l’automne brumeux. Après cette valse-hésitation, le temps semble enfin s’orienter vers l’été. Le pêcheur se protège de la chaleur. Le bateau-promenades «vagabondo» a embarqué la fanfare pour fêter le retour du soleil.





Lundi 17 juin

Il est temps de faire le point.
Cela fait vingt jours qu’ils ont rejoint le bateau. Après 143 kilomètres, 27 écluses et 22 heures de navigation, ils se trouvent à 15 km et 1 écluse de leur point de départ. Le constat se passe de tout commentaire. Les curieux observeront leur parcours hésitant sur la carte.
«Wietske» largue les amarres pour poursuivre la remontée de la Saône. Eux prolongent l’escale et vont prendre l’apéro chez Jeanne.




Mardi 18 juin

Saint-Jean-de-Losne est un lieu de retrouvailles.
Ils ont revu l’équipage de la péniche «Anima», rencontré pour la première fois en 2012 sur le canal du Centre; celui de la péniche «Wietske», rencontré en 2015 lors de la descente du Rhône. Celui «d’Ediacara», avec lequel ils sont remontés le Rhône la saison dernière, rejoindra son bateau qui a hiverné à Saint-Jean-de-Losne. Ils ne largueront pas les amarres avant de l’avoir salué.
Ils se rendent régulièrement au centre ville, à moins de 15 minutes du ponton où ils se sont installés. Devant l’église Saint-Jean-Baptiste, la route a remplacé le parvis. Le porche, noirci par la pollution, a connu des jours meilleurs. La porte est close. Ils ne cherchent pas la latérale. Leur terrasse est plus accueillante.





Mercredi 19 juin

Si vous décidez de faire escale à Saint-Jean-de-Losne, ne cherchez pas une place à la Gare d’Eau, ni au quai du centre ville. Essayez d’en trouver une au ponton du camping «Les Herlequins», même si vous devrez renoncer à un branchement électrique et accepter une marche d’un quart d’heure pour rejoindre le centre ville. Le cas échéant, n’oubliez surtout pas de transmettre les cordiales salutations de «l’autre» au pirate qui a élu domicile au bout du ponton.
Demain, si les conditions météo sont favorables, ils largueront les amarres pour Auxonne.




Jeudi 20 juin

La veille en fin de journée, ils n’ont pas échappé à l’orage. Elle n’aime pas. Lui apprécie l’abri que leur offre modestement «l’autre».
Ils larguent les amarres vers 9:30, laissant derrière eux un ciel encore chargé. Après trois kilomètres, ils passent, à tribord, l’embranchement du canal du Rhône au Rhin qu’ils parcourront sans doute en seconde partie de saison. Pour l’instant, ils continuent à remonter la Saône. A l’écluse d’Auxonne, les bateaux font la file. Ils mettront une bonne heure à franchir l’écluse. Ils amarrent le bateau derrière la péniche «anima» au ponton aménagé en amont du Pont d’Auxonne. 3 heures de navigation, 17 kilomètres et 1 écluse. Après plus d’une semaine d’escale, il fallait reprendre en douceur.







Vendredi 21 juin

Au fil de l’eau, même l’ordinaire retient le regard.
A Auxonne, ils trouveront leur terrasse à la rue du Bourg. Au Petit Bazar, J. Robin, avec une logique implacable ou le sens d’un humour cynique, vendait des articles militaires et des couronnes mortuaires. Aujourd’hui, on y trouve sans surprise de l’électronique.
Dorénavant, à chaque escale, ils mettront la carte de leur itinéraire à jour, même si l’avancée n’est pas spectaculaire.





Samedi 22 juin

A Auxonne, comme ailleurs, on a fait la fête à la musique.
La veille en début de soirée, ils parcourent la rive gauche de la Saône, le long des anciennes fortifications, sur quelques 200 m depuis le bateau, pour rejoindre une scène aménagée au pied des remparts. La télévision est déjà sur place pour l’évènement. Un groupe de jeunes d’une école de musique de la ville ouvre le concert avec Knockin'on Heavens Door. Ils n’en demandaient pas tant. Le groupe poursuit avec des standards des années 1970-80 et des ballades traditionnelles irlandaises, jusque dans la nuit. Ils se sentent comme chez eux.
Ils devront se passer du marché. Les halles désertes attendent l’improbable faillite des supermarchés. Une épicerie résiste au 88 de la rue Gruet. Ils l’ont repérée.








Dimanche 23 juin

Au petit matin, la péniche «anima» émerge de la brume. Ils se remettent sous la couette en attendant que le soleil dissipe la brume.
La canicule annoncée n’a pas découragé quelques nuages qui heureusement résistent encore. La température à bord reste inférieure à 30 degrés. La sieste n’est pas encore moite mais par contre ballottée par les remous des activités nautiques de fin de semaine.
On ne peut se perdre à Auxonne. La flèche de Notre-Dame sert de repère. La rue du Bourg donne sur le parvis de l'église. Leur terrasse est à l’ombre l’après-midi.






Lundi 24 juin

«L’autre» reste seul avec «anima» à la halte fluviale d’Auxonne.
Les autres bateaux ont repris le turbin, comme un lundi. «L’autre» attend l’intervention d’un technicien. La production d’eau chaude par le moteur ne fonctionne plus. L’avarie n’empêche pas de naviguer. Elle est sans conséquence lorsque le bateau est branché sur l’électricité d’un port. Elle réduit par contre le confort lors d’amarrages en sauvage. Avec la canicule qui s’installe, ils devront trouver de l’ombre en dehors des haltes équipées. La température à bord est montée à 35 degrés. Leur terrasse au centre ville est fermée le lundi. Ils se rabattent sur la buvette au pied des fortifications, au bord de la Saône.




Mardi 25 juin

Lorsque «l’autre» se réveille, «anima» vient de larguer les amarres.
Le mécano doit intervenir demain en début de journée (celles et ceux qui n’ont pas bien suivi se reporteront à la notice de la veille). Ils resteront encore une nuit aux pontons de la halte d’Auxonne avant de trouver un lieu d’amarrage en nature, à l’ombre. Ils vont compléter leurs provisions à la petite épicerie qui résiste à la rue Gruet. Ils passent par la rue du Bourg où ils ont une terrasse pour la matinée, une autre pour l’après-midi. Les vélos sont mis en service pour un repérage le long de la rive gauche de la Saône. «Lady Sue» fait escale à Port Royal. «L’autre» avait traversé l’Etang de Thau dans son sillage, en 2015. Deux kilomètres en amont, deux bateaux sont amarrés à l’ombre d’arbres généreux. Ils acceptent de faire une place à «l’autre», demain.





Mercredi 26 juin

Le système de production d’eau chaude est réparé.
Ils quittent la halte nautique d’Auxonne vers 10:30. Lui, à la barre; elle, au vélo. Elle récupérera les cordes au lieu d’amarrage convenu, avant que la passerelle soit posée. Ils installent la terrasse sur la berge et la déplacent en suivant l’ombre des arbres. Ils respirent mieux. La pointe de température de la canicule est annoncée pour demain: 37 degrés, ressenti 43, selon météo France.




Jeudi 27 juin

«L’autre» à la tête dans les arbres.
Le bateau est à l’ombre jusqu’à 14:30. Ils se déplacent toute la journée sur la berge, nomades à la recherche de la parcelle d’ombre la plus dense, comme de l’oasis dans le désert. Ils survivront au pic de la canicule, moites et somnolents, le dos collé au tissu de leur fauteuil, à l’écoute du bruissement des feuilles annonciateur de la caresse d’une brise salvatrice.





Vendredi 28 juin

L’amarrage en nature a ses contraintes. Ils redécouvrent la valeur oubliée des ressources en eau et électricité. Ils deviennent attentifs aux mesures d’économie. Le réfrigérateur est un peu petit pour les escales prolongée à l’écart des localités. Pour compléter les provisions, ils se rendent, en début de journée, à vélo à Auxonne, à environ 3 km. Ils n’en ramèneront aucun cliché pour ne pas brouiller l’image de l’escale en nature, au risque de présenter, chaque jour, un peu le même paysage. Un vent du nord sensible rend aujourd’hui la canicule supportable.



Samedi 29 juin

«L’autre» attend que la canicule passe.
Le léger vent du nord de la veille les a lâchement abandonnés. La sueur colle les vêtements à la peau. Ils mesurent les efforts. Même la lecture devient laborieuse et somnolente. L’esprit un peu égaré, ils observent les feuilles.
Ils craignaient ne pas trouver l’énergie d’ouvrir le carnet de bord. Ils auraient tout aussi bien fait de le laisser fermé. Ils ne s’engagent pas pour demain.



Dimanche 30 juin

A quoi bon larguer les amarres?
Sur la Saône, les écluses sont rares et ouvrent à 7:00. Ils pourraient partir au petit matin et naviguer trois ou quatre heures avant le début de la grande chaleur. Encore faudrait-il qu’ils trouvent un lieu d’amarrage où ils puissent se replier à l’ombre toute la journée avec table et fauteuils à proximité du bateau. Dans le doute, ils attendent dans un paysage de verdure et d’eau superposées, comme un mirage de fraîcheur. «L’autre» s’est un peu engourdi dans la chaleur.



Lundi 1er juillet

La nuit l’orage s’est fait menaçant. Il grondait alentours, mais les a épargnés.
Un voile de nuages et un léger vent du nord atténuent les ardeurs du soleil. La température maximale ne dépassera guère les 30 degrés. Elle restera en-dessous demain. Ce sera le moment de larguer les amarres. Avec ses compagnons d’escale, «Witch of Endor» et «Oh What», «l’autre» profite encore un jour de l’abri des platanes de l’ancien chemin de halage abandonné depuis longtemps déjà.






Mardi 2 juillet

Réveil à 6:00.
Ils ne se sont pourtant pas couchés tôt la veille, vigilants à l’orage qui menaçait. Ils ont décidé de larguer les amarres à 7:30 avec «Oh What» dans leur sillage. Après deux heures d’une navigation tranquille, pour quinze kilomètres et une écluse, ils amarrent le bateau à Pontailler-sur-Saône, à l’extrémité du ponton à l’entrée du port. «Oh What» poursuit la navigation. Les marronniers ont remplacé les platanes. Ils offrent généreusement leur ombre dès la mi-journée. Les marrons heureusement ne sont pas encore mûrs. Ils ne mettent pas longtemps à repérer la terrasse de l’Hostellerie des Marronniers.





Mercredi 3 juillet

L’étape sera longue, pour eux.
«L’autre» quitte Pontailler-sur-Saône vers 8:45. Quelques trois kilomètres plus loin, «Elle» l’attend devant la première écluse, celle d’Heuilley. Ils la franchissent ensemble. «L’autre» navigue dans le sillage «d’Elle» sur une quinzaine de kilomètres, jusqu’à la prochaine écluse, celle d’Apremont. Un bateau attend déjà. «Elle» franchira l’écluse avec lui. «L’autre» patientera un tour.
Depuis Saint-Jean-de-Losne, la Saône s’est faite petite. Elle se fait par endroit sauvage. Ils atteignent Gray, leur destination, après 4,25 heures de navigation pour 29 kilomètres et 2 écluses. C’est un peu trop pour eux. Ils ont dû reporter l’apéro à 13:30, le temps d’amarrer le bateau et de le brancher sur l’électricité du quai.





Jeudi 4 juillet

«L’autre» fait escale à Gray, au Quai Mavia.
Il a rejoint «Oh What» qui lui a fait une place sous les arbres lors de la canicule, à Auxonne, au PK 235.5. Ici pas d’ombre à partager, comme dans la plupart des haltes urbaines. L’ombre, ils vont la chercher au centre ville. Celui-ci a connu des jours meilleurs. Ils en reviennent un peu déprimés sans avoir trouvé une terrasse à leur convenance. Ils se rabattent sur celle de la Brasserie des Bateliers en bordure de Saône, pour ne pas être trop dépaysés. A l’ombre avec un léger vent du nord la chaleur est supportable.





Vendredi 5 juillet

Ils ne veulent pas rester sur l’impression de la veille.
Ils retournent dans le centre ville. Ils n’en ramènent que des images de devantures abandonnées. Les anciennes vieillissent mieux que les modernes. Certaines font illusion. La boucherie vend des friandises orientales en attendant de trouver un locataire. Ils ont sans doute le regard un peu mal tourné. Ils préfèrent les choses déglinguées qui ont des histoires à raconter.







Samedi 6 juillet

Ils sont réveillés par la pluie et l’orage. La pluie, même modeste, l’orage, même discret, soulagent. Ils craignaient un retour de la canicule.
La péniche «anima» fait également escale à Gray. Elle est amarrée en amont du Pont Neuf, sur le quai d’en face, au pied du Blue Hotel. Le propriétaire devait écouter Chris Isaak. «Anima» et «l’autre» ne fréquentent pas les mêmes quais. Les équipages partagent par contre la même terrasse, celle des Bateliers, en face de l’écluse; et parfois le même bistrot, celui au fond de la cour.
Le soleil n’a pas tardé à reprendre possession du ciel et la chaleur à peser.




 
Dimanche 7 juillet

La veille en fin de journée un tjalk fait escale au Quai Mavia à Gray
Le bateau de la fin du 19ème siècle, remarquablement bien conservé, descend de la mer baltique vers la méditerranée, le mat et les dérives en attente. «L’autre» se met à rêver d’espaces inconnus. Il ne verra jamais la mer, même avec un équipage moins paresseux. Un peu honteux de son allure d’ex-bateau de location, «l’autre» se fait encore plus petit qu’il ne l’est.
Au milieu de la nuit, l’orage éclate plus sérieux que celui de la veille. Pour le reste, c’est dimanche, jour de repos.